30 janvier 2007
H. de Lautréamort

Say it again?

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Je l’avais repéré depuis un petit moment à la façon prononcée qu’il avait de me sourire et que j’avais poliment ignorée. Mon indifférence me semblait tout à fait évidente pour les yeux du monde mais apparemment pas pour lui, car il persistait. Et puis ce n’est pas à vous que je vais apprendre qu’il est dur d’échapper à la fatalité donc ce qui devait arriver finalement arriva et il décida de venir me parler. Il ne me plaisait absolument pas du tout mais avait l’air sobre, chose rarissime au DUC, et plutôt gentil. Je décidai donc de le laisser me tenir la grappe un petit moment. Et puis souvent, je me dis qu’on ne parle pas assez avec les gens que l’on croise, qu’on ne communique plus entre êtres humains et que cela ne fait qu’accroître notre sentiment de solitude. Ce soir-là j’étais bien disposé à être communicatif en me promettant d’être ferme s’il devenait trop entreprenant.

Le Type - Salut.
Moi - Salut.
Le Type -Ca va bien?
Moi - Ca va bien… Et toi?

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Oui je sais c’est là un début de conversation d’une banalité des plus confondantes et je vous ferai grâce de la suite qui démarra sur les chapeaux de roue avec quelques analyses météorologiques. Puis nous enchaînames par un désaccord parfait en matière de goûts cinématographiques. Nous nous échouâmes sur les écueils de son inculture musicale avant de nous rattraper avec brio (… avec qui?) sur la formidable campagne présidentielle que nous vivons actuellement. Bref, nous parvenons à discuter tant bien que mal jusqu’au moment où nous n’avons plus rien à nous dire.

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Soudain regain d’inspiration de son côté! Et merde, ils passent Nelly Furtado et je peux pas aller danser… Allez, mon petit H., on ne communique pas assez, H-A-P-P-Y F-A-C-E!!!!! Il me parle alors des endroits où il aime bien sortir me demande où moi je sors et bla et bla et bla… Je reste poli malgré tout et puisque je ne peux pas danser, je branche le radar. Je veux bien causer mais je ne voudrais pas rater l’homme de ma vie s’il venait à passer. Vraiment ça serait trop bête! C’est alors qu’il me balance LA phrase.

Le Type - C’est quand même incroyable que tu sois célibataire!

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A 17 ans je prenais cette phrase pour un compliment, pour un encouragement. Bon je devais rapidement découvrir qu’il ne s’agissait là que d’une vile manoeuvre toute imbibée de flatterie. Cette phrase, suivie parfois d’un “mais je ne me fais pas de souci pour toi, tu ne vas pas le rester longtemps” avait le don de me mettre en colère au début de ma vingtaine, surtout quand cela faisait longtemps que j’étais célibataire. Il m’est arrivé quelque fois d’adopter la pure-pétasse attitude - “ben toi ça m’étonne pas que tu sois seul!” - mais uniquement dans les moments de très forte exaspération, je suis plutôt gentil à la base. Plus tard, je sentis que la question se teintait d’un “au fond, c’est quoi ton problème?” plutôt désagréable à entendre… Et puis arriva le moment où je ne l’étais plus, célibataire, et où la question ne se posait plus.

Mais j’ai fini par retourner à mon état initial. Entre temps j’avais grandi, j’avais mûri, les gens avaient commencé à me dire “Monsieur” et moi à payer des impôts. J’étais devenu un homme, mon fils, un vrai avec un grand H (hihihi). Bon bref, j’abordais une ère nouvelle avec le suprême avantage de ne plus être un petit jeunot que l’on cherche à entourlouper. Et donc, quand l’autre là, avec sa gueule de travers (désolé c’est sorti tout seul), me sort cette phrase, ben… Ca donne vraiment une impression de revenir à la case départ…

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Dans un premier temps, je ne dis rien.

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Puis:

Moi - C’est vrai c’est curieux je suis beau, intelligent, friqué, très cultivé, très drôle… pffff… je comprends pas…
Le Type - Ha Ha Ha t’es marrant!
Moi - Je sais que je suis marrant je viens même de te dire que j’étais très drôle! mais la je rigole pas (pour avoir la bonne intonation imaginez que je termine cette réplique par “trouduc” ou “connard”)
Le Type - Ha Ha Ha!

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Je sentis le désespoir s’approcher de moi avec son souffle glacial et son visage à la Munch… C’était peine perdue… J’aurais mieux fait de lui dire que j’étais célibataire car je voulais rester célibataire, ce qui est faux et je déteste mentir mais là j’aurais du très probablement parce que vraiment pffff… Le désespoir avait mis son coude sur mon épaule et dans un clin d’oeil me balança:

Le Désespoir -Salut! Tu me remets?

Il ouvrit un goufre d’amertume sous mes pieds lorsque les notes magiques résonnèrent. Sexy Back sur le dancefloor. J’enjambais l’abîme sans fond pour aller danser. Je crois que je ne serai plus aussi ouvert avec les inconnus qui ne me plaisent pas. Après tout, c’est déjà compliqué quand ils nous plaisent… Heureusement que Justin m’évita le coup de déprime même si ce soir là c’était plutôt Last night the DJ saved my life

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