Des cartons, des cartons, y en avait tellement que j’ai même été obligée d’en entreposer dans la cour.
J’y suis depuis le début de la semaine. Dans la journée, c’est oraux de bac blanc, et quand je rentre, je passe à l’empaquetage.
Demain, je régresse: je retourne vivre chez mes parents. 2 mois. Ou 2 et demi si je suis convoquée pour le bac. La maison familiale, c’est le passage obligé, car White et moi achetons au Mans, et que je peux pas payer ce nouvel appart ET celui que j’habite encore jusqu’à demain soir. Vivement la mut, que tout ce mic-mac prenne fin et que mes créanciers ne m’envoient plus leurs factures à 3 adresses différentes.
J’irai même pas dans mon ancienne chambre: j’avais à peine eu le temps de la quitter que mon frère s’y roulait déjà ses pets.
Gnin gnin. Pendant 2 ans, il s’est tapé le papier à fleurs.
White est venu m’aider cette semaine. C’est-à-dire qu’il se lève tard, il joue sur l’ordinateur, et quand je rentre, il me regarde faire. Trop la classe, le métrosexuel.
- Tu pourras aller chercher des cartons demain à la librairie pendant que je serai au lycée?
- Pas question! Je les connais pas ces gens, hein? Ce sont TES ex-collègues! Je vais pas me pointer comme ça pour leur demander un service! Et puis, un mec qui se promène dans la rue avec une pile de cartons dans les bras, il a trop l’air d’un naze.
Et il risque sans doute aussi de se casser un ongle.
Et si mon cher et tendre proteste contre ma vision des choses dans ses prochains posts, qu’il se rassure: je lui pardonnerai ses démentis de mauvaise foi.
Aujourd’hui quand même, il a mis la main à la pâte:
- Il faudrait que tu démontes le meuble mauve et l’autre en pin, les locataires n’en auront pas besoin.
- Les meubles que tu as fabriqués??
Eh oui, ceux que j’ai fabriqués. Parce que quand j’ai réemménagé chez moi après que White est parti en province, je n’avais plus une seule étagère: mon micro-ondes était posé à même le sol, et les plaques que je m’étais achetées après quelques semaines de jambon-carottes rapées toutes prêtes tenaient en équilibre par dessus.
Cuisiner à 40 cm du sol, c’est pas terrible, surtout que quand je m’assois sur mes talons, mon cul m’entraîne toujours à basculer en arrière. Un vrai culbuto.
J’ai passé des heures dans des magasins de bricolage. A choisir mes planches, mes vis, mes patins pour la ponceuse, mon verni et ma peinture. Ainsi que les boutons de portes et les aimants pour les fermer.
- Ouaf! Tu te prends pour une bricoleuse! s’esclaffait l’homme qui le week-end m’emprunte parfois mes tournevis pour une petite réparation. Je te préviens, tes lubies, c’est bien pour chez toi, mais il n’est pas question que tu fabriques quelque chose pour le futur appart! Et si une fois qu’on sera là-bas, tu veux poncer, tu le feras à la cave! Non mais regarde ça! T’as vu toute la poussière qu’il y a chez toi?
- C’est de la sciure, c’est de la poussière propre!
- C’est dégueulasse ici, depuis des mois. Et c’est plus une cuisine, c’est un atelier! Y a plus de pinceaux et d’outils dans l’égouttoir que de couverts!
Du coup, le premier matin de la semaine des cartons, il a pas été en chercher à la librairie, mais il a fait le ménage. 3 heures, ça lui a pris. Pour 24 m2. Travail bien intentionné, mais complètement inutile en ces jours de chantier organisé.
Tout-à-l’heure donc, mon fiancé a démonté mes fabrications. Il a empoigné le 1er caisson, encastré entre l’évier et le mur, pour le tirer vers lui:
- Eh ben, c’est pas des planches de merde que t’as prises! C’est drôlement lourd!
Et il s’est attaqué aux vis:
- Quoi, y a 4 vis par planche, de chaque côté? Euh… Elle est où, la ponceuse / scie sauteuse / perceuse / visseuse-DEVISSEUSE que je t’ai offerte?
Avant de l’avoir celle-là, je m’en étais fait, des ampoules.
Voilà. Tu étais planche de bois, tu retourneras planche de bois, appuyée contre le mur en attendant qu’on t’enferme dans la cave de mémé, pour t’avoir sous la main au cas où les locataires changeraient d’avis, finalement.




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