J’ai tenté de faire disparaître tout ce qui me faisait penser à toi : j’ai jeté ces jolies lettres que tu m’avais envoyées, et ces quelques fleurs, fanées à présent, que je gardais de toi aussi.
J’ai jeté tes livres, ces jolis petits livres que tu m’avais prêtés si gentiment. J’ai jeté ta brosse à dents, le disque que tu m’avais prêté aussi… ces stupides chansons d’amour auxquelles je voulais tellement croire.
Je pensais que tout ça suffirait, mais je n’ai pas réussi à cesser de penser à toi, j’ai jeté tes allumettes, tes couverts et ton assiette. La serviette que tu utilisais quand tu dormais ici. Ton verre aussi, il portait encore la trace de tes lèvres, je n’ai pas pu m’empêcher d’y porter les miennes, en souvenir de toi.
J’aurais voulu avoir la force de jeter mon lit et mon canapé, complices de tant d’étreintes délicieuses, par la fenêtre. Je suis resté ensuite quelques instants, complétement hébété, encore plein du souvenir de toi. Je me suis rappelé tes mains sur mon torse, les miennes qui te caressent les cheveux et te massent doucement le dos, pendant que tu t’abandonnes langoureusement.
Les lèvres se sont mises à me bruler tant l’évocation de nos baisers était tangible, je revivais chaque instant passé avec toi, nos rires et nos matins difficiles…
J’ai pris un couteau, je voulais supprimer chaque partie de mon corps qui se souvenait de toi : j’ai commencé par mes tétons que j’ai réussi à découper avec une certaine précision. J’ai ensuite lacéré la peau de mes cuisses, je n’aurais pas cru que quelques coupures pouvaient faire saigner autant. J’avais peur de tomber dans les pommes, donc je me suis ensuite dépêché : je me suis coupé une oreille, puis l’autre, pour oublier enfin ta voix et tes blagues enfantines que j’aimais tant. J’ai ensuite lacéré mes lèvres, je n’ai pas pu aller au-dela de quelques coupures, c’est incroyable comme elles sont sensibles ces traitresses. Elles se souvenaient de toi, même coupées de partout. Je crois que je me suis ensuite évanoui, je n’ai pas eu le temps de me crever les yeux comme je voulais le faire. Je voulais oublier ton image, ton corps splendide, ta peau délicieuse… Je n’en ai pas eu la force, et même aux portes de la mort, ton sourire me hantait.
Epilogue : l’hopital est très sympa, le médecin me donne un produit qui fait beaucoup rêver. Il faudra que je pense à remercier (ou pas) le voisin qui a prévenu les pompiers quand il a vu la flaque de sang qui coulait sous ma porte.


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