Je n’ai jamais pu supporter mes camarades de Prépa malgré mon caractère plutôt sociable. Chaque dimanche soir était propice à une profonde dépression où s’entretuaient les formules de Bayes avec les têtes de cons de ma classe. C’est à cette époque que j’ai le plus haï mes dimanches. Seuls mes sentiments pour Anne me poussaient un tantinet à retourner en cours le lendemain matin.
Jusqu’à ce que je sympathise avec Maggy.
Maggy c’était la fille qui explosait de rire en plein cours et que tout le monde prenait pour une conne. Parce qu’elle ne pouvait tout de même pas expliquer raisonnablement au prof qu’il venait de faire la pose « Staying’ alive » en posant une main sur sa hanche et en montrant du doigt une formule au tableau. Non, « ça ne l’aurait pas fait » comme on ne le disait pas encore à l’époque.
C’est à partir du moment où j’ai raconté la blague de la biscotte beurrée et du chat beurré qu’on balance par la fenêtre que nous avons sympathisés. Nous avons alors découvert l’un comme l’autre que nous méprisions les gens de notre classe – le mépris est le pire sentiment que je puisse éprouver sachant que la haine ne m’atteint que très rarement. Nous avons alors découvert l’un comme l’autre que nous nous moquions tous les deux dans notre tête des gens qui la composaient, et cela pour les mêmes raisons. Constance et ses « fait trop ‘ièche ‘ », Julien et ses chemises « Country-Club », Raphaëlle et ses positions « fleur de lotus », tout était propice à moquerie. Et c’est pourquoi notre amitié reposerait jusqu’à la fin sur le cynisme.


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