5 mai 2007
M. Fox

Les amis de la famille : Morphée

Il s’est mis à parler. Tout bas. De cette voix étrange qui retentissait en cascade à l’arrière de mon crâne. J’avais entendu parler de Morphée. Mais je n’avais pas cru qu’il pouvait exister. C’était comme… Une rencontre avec Dieu. Qui irait imaginer que Dieu va lui apparaitre ?

Il était grand et beau, et terriblement distant.

Je ne sais pas en quelle langue il s’exprimait. Je sentais seulement que j’aurais dû comprendre… Ou plutôt, que je ne sais quelle partie de moi, ensevelie tout au fond, comprenait. Sa cape semblait un puits d’ombre, ses yeux étincelaient comme deux étoiles jumelles.

Il occupait le monde entier.

Rien n’avait changé, mais il paraissait soudain plus grand que le Pays, et il parlait toujours. S’il s’était adressé à moi j’aurais compris, mais… Ce n’était pas à moi qu’il parlait : il parlait aux morts qui à son appel se relevèrent. Il leur donnait la paix, la paix de Morphée.

Il parlait toujours. Ils sont arrivés : par centaines, par milliers. Avançant en rangs serrés, parfois dansant sur la chaussée reliant la terre à l’île aux épines où nous nous tenions.

Géants, centaures, sorcières, faunes, trolls et même quelques araignées géantes… Vivants et morts sont passés près de moi, et un à un ont été engloutis par les ténèbres de la cape.

Puis d’autres se sont avancés. Différents, féeriques… Soldats et gens de cour, cadets de famille et chats bottés… Ce n’étaient pas des habitants de mon royaume. Ils étaient les créations d’un autre petit prince, voulant échapper à la réalité.

Avait-il grandi ? Rapetissaient-ils en s’approchant de lui ? Ces concepts s’appliquent-ils à lui ?

Lorsque tous les habitants du royaume eurent disparus, il a tendu le bras et saisi le pays au creux de sa main. J’ignore comment. On aurait dit un petit bijou. Même ainsi miniaturisé - avait-il rapetissé ? - Je voyais les ruisseaux. Les feuilles des arbres. Je voyais… Tout.

Puis le pays a croulé en cendre. Poussière et… Sable. Un sable irisé, scintillant, qui s’est dispersé dans le vent aigre. Fin du monde.

Il ne restait plus rien de mon pays. Qu’un ciel mort, au-dessus de nous et sous nos pieds.

C’était fini.

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