28 mai 2007
Muxu Munu

N’est pas nawak qui veut

Mais quèce tu fais doudou dis don

Il semble que le phénomène nawak est un revers sévère à sa médaille. Le bareback.
Gavée à la prévention, une partie de la société sexuellement active s’est entichée du plus simple laisser passer pour la maladie, la non protection.
Le non port de la capote comme rébellion, comme élément de subversion face à un ordre établi.

Coxx prône le nawak, certes, mais pas la bêtise.
Quel est l’intérêt de cette pratique ?
Le dépassement des limites? Le bareback comme un jeu d’enfants stupides? Sorte de bonbon doux ? Ou pire, le bareback comme domination, puissance dévastatrice pour le séropositif qui baise et jouit dans un mec sans capote, en toute connaissance de cause ? Quel peut bien être la perversion jouissive d’inoculer une maladie mortelle à son prochain ? Y a t il un goût de revanche face à des séronégatifs qui n’ont pas à vivre avec cette épée de Damoclès ? Y a t il une envie de tout détruire parce qu’il y a une peur intolérable face à cette maladie ?
Tellement de questions, d’incompréhensions. Je n’ai que peu d’éléments de réponses, et finalement ce post n’est qu’une grande interrogation.

Que se cache derrière l’envie de baiser sans capote pour un séronégatif ?
Image, parfois tronquée, des trithérapies ? Rejet de la soumission à une règle de vie en communauté, défis personnels à la mort, soustraction à la vie ? J’avoue mon incompréhension. Y a t il derrière ce phénomène, une envie de Mai 68 des années 2000 ? Une envie de s’opposer aux règles de la société actuelle, de la société SIDA ?
Envie d’oublier la maladie, d’oublier que l’on peut mourir par le sexe, par l’amour ? Envie de croire que nous aussi on peut vivre une révolution sexuelle ? Ou simple envie de se croire, encore une fois supérieur, sentiment tellement humain et si complètement illusoire. La caverne de Platon n’est pas si lointaine, il s’y projette désormais des images sans malades.

Le Sida a plus de vingt ans, certains sont nés avec, d’autres ont grandit à ses cotés, certains l’ont vu emporter leurs amis. Tout le monde ne réagit pas de la même façon face à lui. Après la vague « sortez couverts » un relâchement indéniable dans la communication s’est fait sentir. La capote est devenue banale. Trop.

Née avec, ma génération veut croire à des oasis miraculeuses qui nous permettraient des instants de pause dans la prévention.
Survivante, celle de nos parents veut croire qu’elle a passé le cap, que ce n’est plus une maladie pour eux, comme si, avec l’âge, les risques diminuaient.
La génération ado quant à elle croit qu’on ne meurt plus du Sida, que les médicaments sont là, et que, quand bien même ils ne le seraient pas vraiment, ils ne devraient pas tarder.

Il faut bien sûr relativiser les choses, prendre un peu de recul. L’ensemble de mes concitoyens ne fait pas l’apologie de ce mode de vie. Évidemment et bien heureusement, tout le monde n’est pas inconscient. De nombreuses actions sont entreprises pour contrer ce phénomène et la prévention continue son chemin. Mais se fait elle entendre ?
Il y a aussi le rapport au sperme, et le rapport encore plus pesant à soi-même. Il y a le positionnement personnel, propre à chacun, devant sa propre vie et ses propres angoisses. Face aux autres et face à soi. Je ne suis pas psychologue, je ne me lancerais donc pas dans une étude plus approfondie de cette voie qui merite d’être éclairée.

Moi, MuxuMunu je ne me suis pas toujours protégé. Je fais partie de ces personnes qui un jour ne sont pas « sorties couverts », de ces gens qui aimeraient être fort, ne pas verser du côté obscur de la force. Cependant, fatalement presque, nous ne sommes que des hommes, avec nos doutes et nos faiblesses, parfois les rois des cons qui jouent tout sur un instant, qui donne à la vie une fin de non recevoir pour ce moment de jouissance. Mais je ne fais pas partie de ces imbéciles qui prônent le bareback à tout prix, le « tout sauf la capote » (voilà un «tout sauf » qui me paraît judicieux de combattre), qui militent pour le no kpote. J’ai fait mes erreurs et je les assume, je ne les affichent pas comme un étendard, je ne les nient pas et je n’en fais pas un art de vivre.

Je me souviens de Philadelphia et des Nuits Fauves. À l’époque ces films étaient militants à leurs façons, on faisait face à une maladie actuelle et mortelle. Aujourd’hui, le dernier film de Techiné se passe dans le début des années 80, à l’aube de la maladie. Je l’ai trouvé puissant et il m’ a permis de me remettre en question. Mais pour quelqu’un de 10 ans de moins que moi, ce film n’a t il pas un effet pervers en rendant presque historique cette maladie ? Le simple titre, « Les témoins » ne pose t il pas le Sida comme appartenant à une époque révolue ? La question n’est pas si simple, elle mériterait débat, et encore une fois je ne fais qu’éclairer une zone d’ombre.

Dès lors, il me semble donc urgent (c’est une évidence presque démagogique je le sais) que la prévention reprenne ses droits, qu’elle réaffirme des vérités oubliées. Le Sida n’est pas mort, il n’est pas raciste, il aime tout le monde, exception faite de votre vie. Les trithérapies ne sont pas une cure de thalasso pour vos T4, et la capote n’est pas l’ennemi du plaisir, elle n’est pas non plus, par son absence, la plus cool des oubliée.

MuxuMunu, la capote? Just wear it. C’est ça la vraie « cool attitude ».

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