Cette année, j’ai pris mes bonnes résolutions avant le premier janvier, ce qui est une grande avancée, vu qu’habituellement je n’en prends pas du tout (pour éviter de ne pas les tenir et d’en ressentir de la culpabilité). J’ai donc décidé de ne plus coucher avec le premier qui passe et surtout de leur compliquer la tâche, à tous ces hommes. Ya pas de raison de leur mâcher le boulot, après tout, réveillons le vieil instinct du chasseur qui sommeille en chacun d’eux pour pimenter un peu les choses. Me connaissant, je savais que cette résolution ne serait pas si simple à tenir, parce que si l’homme visé doit attendre, ça veut dire que moi aussi je dois attendre, moi qui suis l’impatience même quand il s’agit de sexe. Et de chocolat aussi, mais c’est moins dramatique, le chocolat n’ayant pas conscience du temps qui lui reste.
Bref. Depuis quelques temps déjà j’essaye de tenir, mais jusqu’ici il faut bien avouer que ça a plutôt loupé, chaque ratage me confortant à chaque fois un peu plus dans l’idée que ma résolution est la bonne. J’ai donc attrappé Salopa, je l’ai ligotée (pas trop fort, elle aimerait trop ça) et séquestrée sur l’étagère de mes toilettes pour avoir la paix le temps du sevrage de mes vieilles habitudes.
Depuis un peu plus d’un mois (depuis mon dernier ratage, en fait), je me suis rendue compte qu’un de mes collègues, Albator, me tournait gentiment autour, genre discret mais sans erreur possible. La preuve étant que d’autres collègues s’en étaient rendu compte avant moi, qui décidément, sans Salopa, suis d’une naïveté confondante. Là, les conditions pour tenir ma résolution étaient idéales, mon vieux mantra “no zob in job” me permettant de garder la tête (et les fesses) froide. Jusqu’à cette semaine. Les deux amis avec qui je devait aller voir le concert d’An Pierlé m’ayant lâché un peu à la dernière minute, je me retrouvais avec deux places supplémentaires et personne avec qui y aller. J’ai donc sauté sur l’occasion (et que sur elle, je précise) pour inviter Albator, me disant que forcément quelqu’un finirait bien par venir faire le chaperon. Mais le destin avait vraiment décidé qu’on irait seuls parce que j’ai eu beau supplier, personne n’a voulu se dévouer.
Nous voilà donc tous les deux, assis à la mezzanine du Zèbre de Belleville, de plus en plus proches à mesure que la salle se remplissait. Il avait maintenant sa cuisse contre la mienne et tout en ne pouvant pas la retirer, mon estomac commençait à faire des loopings. J’essayai de me concentrer sur le concert (excellent, soit dit en passant) mais la délicieuse An avait choisi comme running gag “nous sommes un groupe romantique et la prochaine chanson parle de passion et d’extase sexuelle”, ça ne faisait que me ramener à ma cuisse gauche, au chaud contre celle d’Albator. De toutes façons, qu’est ce que je pouvais faire? Je ne pouvais décemment pas l’attrapper et lui rouler une pelle comme j’en mourais d’envie. Donc je n’ai rien fait, j’ai juste profité de la soirée et attendu qu’il s’invite de lui même sur mon canapé à la fin du dîner.
Et là, dans mon salon, j’ai été super fière de moi. On lui a fait son lit sur le canapé et je suis partie m’enfermer dans ma chambre en lui souhaitant chastement bonne nuit. Certes jusqu’à ce que je m’endorme j’ai fantasmé sur le fait qu’il pourrait venir me rejoindre sous ma couette, mais je me suis endormie comme une masse, et il aurait pu venir jouer du tambour sur mon oreiller, je ne m’en serais pas rendue compte. Et bizarrement en me réveillant je ne me suis pas sentie aussi frustrée que ce à quoi je m’attendais. Bon, OK, je l’étais, mais en même temps l’impression que j’allais vraiment m’amuser en jouant de cette manière avec Albator me rendait joyeuse comme une gamine de huit ans. Et au pire, si ça ne marche pas avec lui, il m’aura toujours permis de m’entraîner à faire mariner le suivant. Je sens que je tiens le bon bout.

