Ce matin, comme d’habitude, je quittais mon appartement à moitié en forme, trop de champagne et pas assez de nourriture au compteur… Je marchais comme un robot rejoindre mon train, la tête intégralement vide, concentré sur le mouvement mécanique de la marche, qui permet d’oublier comme il fait froid et comme la vie est absurde. Quand soudain un premier quidam m’aborde… Je ronchonne, bredouille un “non !” et je me sauve, sous la protection d’un flot de voitures qui me séparent rageusement de l’ingénu qui a osé venir me parler.
Ensuite, j’ai esquivé le SDF qui m’aime bien, qui désormais me salue fort civilement chaque matin (il a dû comprendre que j’étais pas receptif à autre chose), quand tout à coup un homme se met à me sourire et à me parler façon plan drague relou. Il me dit qu’on se connaît, que je m’appelle Arthur et qu’il se souvient de moi… Comme il est mignon, je prends le temps de lui expliquer (en bredouillant, on est le matin) que non, vraiment pas. Je ne suis pas cet Arthur là.
Heureusement que la fin de mon trajet, pourtant court, n’a pas été émaillée d’autres rencontres. Les gens qui me connaissent (et celui avec qui j’ai vécu) savent à quel point je peux être hargneux le matin, ça aurait mal fini ! Ca doit vraiment être une plaie de se faire aborder tout le temps, je crois que - finalement - j’aime bien mon état de semi-moche habituel* qui me garantit tranquillité et anonymat.
*En ce moment je me sens bien et j’ai, inexplicablement, pas mal de succès… Pourvu que ça ne dure pas !

