Le nom de marathon vient de l’histoire assez confuse de Phidippidès, un messager grec qui aurait couru de Marathon à Athènes pour annoncer la victoire contre les Perses à l’issue de la bataille de Marathon lors de la première guerre Médique en - 490. Arrivé à bout de souffle [surtout après une phrase aussi longue] sur l’Aréopage, il y serait mort après avoir délivré son message.
Ce récit homérique, plus par la forme que par l’Histoire, a donné lieu, par je ne sais quel allumé fini, à la création d’une épreuve sportive de course à pied, dénommée marathon, d’une distance équivalente à celle qui sépare la ville de Marathon à celle d’Athènes, soit très exactement 42,195 km. Epreuve reine des jeux olympiques et donnant lieu à compétition et célébration un peu partout dans les plus grandes villes du monde.
Dimanche prochain (6 avril), se déroulera la 32ème édition du marathon de Paris, où s’élancera, des Champs-Élysées, une foule famélique et populacière, constituée de quelques 40 000 écervelés en short qui fouleront le pavé parisien de leur imbécillité heureuse. Tout dans les jambes, rien dans la tête. Avouez qu’il faut vraiment n’avoir rien d’autre à faire pour se lever un dimanche à l’aube et se taper 42 bornes en courant sous le froid et la pluie.
Et bien je ferai parti de ces ahuris qui feront coucou à la caméra au départ et balanceront leurs godasses à n’importe quel premier touriste emprunté qui lui demandera son chemin après avoir abandonné en plein milieu du parcours… Enfin bon, je compte bien le faire en entier… Parce que va trouver un taxi ce jour là dans Paris, qui plus est en short au milieu du bois de Vincennes. Enfin bon, on est nawak ou on ne l’est pas !
S’agit-il de votre premier marathon ?
Oui.
… ?
Bah quoi ? Vous attendez quoi ? Que je vous dise : « Oui j’ai déjà couru plusieurs marathons » et que je vous livre une ou deux anecdotes complètement crétines, qui feront rire personne, à part des coureurs du dimanche ? C’est pas la peine de venir m’interviewer si c’est juste pour remplir votre papier. Y’en a plein des gens qui font le marathon et qui sont heureux de le faire.
Donc, c’est votre premier marathon…
Je viens de te le dire…
Et donc, euh… attendez, je reprends mes fiches là…
Je vous en prie… De toute façon on est pas pressé… Puis sachant que je vais me taper 4 heure de courses sous la pluie, c’est bien, ça me conditionne à l’idée de perdre du temps bêtement.…
Non parce que comme je pensais que vous aviez déjà fait d’autres marathons, ça élimine certaines questions…
Oui, oui, je vois… C’est bien, elle est préparée votre interview.
Oui, alors… Qu’est-ce qui vous a poussé à participer pour la première fois à un marathon ?
Il me fallait un alibi, ma belle famille toute réunie organise un grand repas dimanche prochain auquel j’étais bien sûr convié. *
Vous êtes vous fixé un temps de parcours ?
Demandez à Météo France… Non mais rassurez-moi, les questions connes, vous les avez toutes placées au début de l’interview pour vite les passer en revue ou il y en a encore beaucoup des comme ça ?
Non là ça devient plus intéressant… Rentrons dans le vif du sujet : depuis combien de temps pratiquez-vous la course à pied ?
Depuis que j’ai été présenté à ma belle famille.
Avez-vous suivi un plan d’entraînement drastique comme tout bon marathonien ?
D’abord je tiens à dire que je ne me catalogue pas dans la catégorie des marathoniens. Ai-je une tête à passer mes samedi après-midi de printemps à tondre mon gazon ? Non, puis en plus je n’ai pas de jardin. Pour ce qui est de l’entraînement, j’ai commencé en septembre, à raison de 3 à 4 séances par semaine… seul… le soir… Si à cela vous ajoutez ce pari idiot auquel je me tiens, qui consiste depuis le 1er janvier à ne plus boire une seule goutte d’alcool jusqu’à l’issue du marathon et un régime diététique assez rude depuis quinze jours, cela vous donne une idée du niveau de dégradation de ma vie sociale. Mes amis ne me font plus rire à table en fin de repas et il m’arrive de regretter de ne pas avoir de chien qui me fasse la fête le soir quand je rentre pour pouvoir lui filer une trempe dont il se souviendra. Non c’est certain, je baisse.
D’autres difficultés rencontrées au cours de votre préparation ?
Une tendinite au tendon d’Achille, contractée à un mois de l’échéance. Je n’ai pas pu courir pendant trois semaines. Non vraiment, les grecs nous emmerdent.
Vous avez dû souffrir ?
J’ai surtout eu peur d’être obligé de renoncer au marathon et contraint et forcé de bouffer avec la belle famille.
Ca doit être quelque chose…
Surtout lorsque, l’alcool faisant effet, c’est-à-dire au bout du quatrième apéro, ils vous prennent par l’épaule et se mettent à chanter à table…
Comme quoi la pratique de la course à pied nécessite une grande attention physique.
Tu m’étonnes ! C’est super dangereux. Tu sais qu’une fois, je me suis fait courser par des canards en m’entraînant autour du lac des Buttes-Chaumont. Mais t’inquiète pas pour eux, je vais bientôt y faire un carnage !
Avez-vous une appréhension particulière avant de courir ce marathon ?
Pas spécialement. J’en ai eu à écouter bon nombre de marathoniens me faisant part de ce que dans le jargon on appelle « le mur des 30 km ». D’après eux, passé cette distance, le corps est à bout de force, trop exténué pour continuer. Parfois même obligé de s’arrêter pour se faire masser les jambes tellement elles sont raides. Il faut alors puiser dans ses réserves, les 12 derniers kilomètres se font au mental. Ce qui, pour des sportifs, m’étonnait un peu, mais bon. Puis, en repérant le parcours sur une carte, je me suis aperçu que le trentième kilomètre coïncidait avec la traversée du bois de Boulogne. Je vois le genre de massage qu’on pratique dans cette zone là. Enfin, je dis cela, je dis rien, mais t’as pas intérêt à avoir envie de pisser à ce moment là.
Les rues de Paris seront noires de monde et animées avec parades et fanfares tout le long du parcours. C’est avant tout une grande fête non ?
Si pour toi se lever à quatre heures du matin pour manger un plat de pâte en buvant un litre de flotte et, trois heures plus tard, se les geler sur la plus belle avenue du monde qui sentira l’odeur de pisse comme pas possible, parce que forcément ton litre de flotte que t’auras bu, faudra bien l’évacuer, en écoutant des gars te demander avant le départ si on ne s’est pas déjà croisé au marathon de Cutéreux-sur-Loire et ensuite se taper 42 bornes en courant, c’est considérer faire la fête, bah mon vieux…
Peut être que des coxxiens viendront vous encourager sur le parcours.
Tu penses. Déjà qu’entre coxxiens* on arrive pas à se blairer, alors se lever à 8h du matin pour aller voir courir des asthmatiques en short dégoulinants de sueurs, c’est sûr que ça va les motiver. A moins de les retrouver sur le trajet, affalés au pied des colonnes de Buren après une sortie bien arrosée au club 18, je ne vois pas. Cela dit, il me semble que Lapin m’a déjà raconté avoir été bénévole sur une précédente édition du marathon de Paris. Il faudrait lui poser la question. Mais là il est 15h, il dort.
Vous ne comptez pas faire quelque chose de nawak ?
J’avais pensé courir en blouse d’infirmier avec une pancarte sur laquelle serait écrit : « Coquecigrue : nous avons tout sauf le talent », mais j’ai appris que le prénom de chaque participant était inscrit sur le dossard. C’est donc trop compromettant. Enfin bon, pour celles et ceux qui suivraient la course, vous me reconnaîtrez facilement, je porterai le dossard n° 12585.
Serez-vous attendu par des proches une fois la ligne franchie ?
Par Robert.
Qui est ?
Un bénévole de la croix rouge. Ils ont un chapiteau pour masser les coureurs à l’arrivée.
Savez-vous ce que vous ferez après l’arrivée ?
Un bon massage, une bonne douche et surtout une bonne bière bien fraîche !!! Après, qu’on me fiche la paix, qu’on m’oublie, qu’on me laisse m’évanouir seul au milieu d’un immense champ de coquelicots, caressé par des vents foisonnants, contemplant au dessus de moi un ciel majestueux vêtant peu à peu sa parure orageuse, grise et lumineuse. Inaccessible beauté, devant laquelle l’homme, si impuissant, ne peut que s’en émerveiller. Face au temps qui s’immobilise puis le rafraîchi de quelques gouttes de pluie fine avant de se recevoir toute la flotte sur la gueule.
Ce n’est pas trop la saison des coquelicots…
Ta gueule ! Ecoute le silence.
Courrez-vous un autre marathon ?
Certainement pas ! C’est bien trop d’effort solitaire et de sacrifice. Pas plus tard qu’hier, j’ai vu un crétin qui courait autour du parc des Buttes-Chaumont à onze heures et demie du soir. Je me suis dit : mais quel pauvre type. Bon en même temps c’était moi. Mais revenez me poser la question dans quelques temps, j’aurai certainement changé d’avis.
Un dernier mot avant le marathon ?
Quel con, quel con, mais quel con…
* fait tout à fait véridique, enfin, je parle du repas de la belle-famille, pas du fait que le marathon soit une excuse pour éviter ce banquet chaleureux et convivial. Loin de moi l’idée de critiquer ma belle famille que j’aime, d’autant que je n’ai a ce jour reçu aucune garantie sur un les modalités futures d’un hypothétique et envisageable héritage. Je m’abstiendrai donc de tout commentaire déplacé au sujet de ma belle famille. Je vous aime, même sans la présence de mon avocat.



