Lorsque j’étais petite, ma maman au foyer disait que la seule chose qu’elle n’aimait pas dans le ménage, c’était passer l’aspirateur.
A l’âge adulte, j’ai compris pourquoi. Bien sûr, rien ne me plaît dans le fait d’entretenir un appartement: ni le plumeau pour faire les poussières, ni la serpillère pour laver le sol, ni la vaisselle à laver, ni les draps à changer, ni le linge à mettre dans la machine et à en sortir (il y reste parfois deux jours avant que je me décide à l’en extraire, puis il stagne dans coffre où je pioche des vêtements propres au jour le jour, jusqu’au week-end où je me décide enfin à le plier et le ranger dans l’armoire). Mais la vraie corvée, c’est passer l’aspirateur.
Il faut d’abord aller le chercher dans le placard. Se courber pour dérouler le fil, et le brancher. Changer de prise à chaque fois que j’entame une nouvelle pièce. Déplacer les canapés. S’applatir à terre pour le passer sous le lit ou le buffet. Le bruit est assourdissant. Et parfois, lorsque vraiment la bête ne peut plus faire fonction, il faut se résoudre à lui ouvrir le ventre, retirer le sac gonflé et en replacer un, qui ne tient jamais, qu’il faut remettre plusieurs fois en place avant qu’il accepte enfin de se remplir de poussière.
Or, dernièrement, en ouvrant le placard à aspirateur, je me suis rendue compte que là, au fond, dissimulé derrière la planche à repasser (une autre corvée que je laisse à une femme chez qui White porte ses chemises), il y avait un balai. Au long manche rouge, et avec des poils bleus et noirs. Nous possédions un balai! Depuis quand?
Je me suis emparée de cette merveille. Plus de bruit! Juste la douce sensation des brins qui caressent le sol.
Un balai, c’est beaucoup plus facile à manier qu’un aspirateur. C’est plus léger, ça atteint les coins difficiles, et ça retire même la poussière qui s’est accumulée sur les plinthes. Maman ne pouvait pas connaître la joie de renoncer à l’aspirateur: dans les années 80, la mode était aux moquettes.
J’aime mon balai. A la pleine lune, je me posterai sur mon balcon, j’enfourcherai le manche, et j’essaierai d’aller faire un petit tour dans le ciel.